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Tous à l'École!

Thu, 23 Mar 2017 09:01:21 +0000 - (source)

eliot et luna riveÉtymologiquement, le mot école découle de skholè, le temps libre que l'on se donne à soi-même quand on n'est pas harassé par la nécessité ou par un travail contraignant. Aujourd'hui, on voit bien à quel point le concept d'école a été rétréci au point de ne délimiter qu'un polygone de béton ceint d'un grillage, minuscule, ridicule, infime, en rapport à l'étendue de l'univers explorable. Dans le cœur de cette petite forteresse, un unique référent du savoir prétend délivrer la connaissance à un groupe de personnes plus jeunes. Or cette connaissance, loin d'être délivrée, est manifestement cloîtrée et sous contrôle rapproché. Le concept d'école, tel qu'on l'utilise aujourd'hui, associé à un mortel ennui et à l'enfermement, se rapproche malheureusement plus du SCHÉOL, le royaume des morts des Hébreux, «l'endroit où vivent d'une vie vague ou presque éteinte les morts immobiles» que de celui de la skholè originelle...

Si l'on pose la question à cent personnes : « qu'est-ce que l'école ??? », je gage fort que cette définition-là s'échappe sans surprise de la plupart des bouches, avec une éloge plus marquée que la mienne, j'en conviens sans peine. 

Dans leur immense majorité, les enfants n'ont pas d'autre choix que de former leur conception de la vérité en fonction des connaissances parcellaires qui leur sont imposées, puisqu'ils sont privés de l'ensemble des sources du savoir auxquelles ils pourraient accéder librement au-delà des murs. Plus on admet que l'apprentissage provient de ce petit enclos gris, pourtant si morne face au terrain de jeux et de rencontres du dehors, plus  il en découle de grandes lacunes et une ablation progressive des facultés de s'intéresser à d'autres formes de connaissances. L'adhésion graduelle à ce modèle qui nous est infligé mutile simultanément notre faculté d'intelligence qui voudrait explorer mille chemins inédits.

« C'est ce que nous pensons déjà connaître qui nous empêche souvent d'apprendre », disait Gaston Bachelard, qui aimait glaner la connaissance lors de longues promenades au fil de l'eau, ou de ses rêveries écloses de l'observation des nuages...

Je propose donc de procéder à une pirouette de l'esprit, un volte-face absolu, pour redonner une autre substance, au mot école. Une substance moins étiolée, plus dense, infiniment plus vaste.

Il apparaît alors de façon lumineuse que c'est une erreur de dire de quelqu'un qu'il a quitté très tôt l'école, tout comme c'est aussi une erreur de dire que les adultes ont fini leur cycle de formation et ne vont plus à l'école. Dès le réveil, chaque matin, et à tout âge, je peux créer une situation de skholè, aller, être à l'École. C'est à dire faire le choix de me rendre disponible à de nouvelles expériences, de nouveaux apprentissages. C'est avant tout une disposition de l'esprit, une quête, une ouverture sur le monde ; chaque jour peut être une nouvelle expérience fondatrice pour mon être si j'envisage la vie comme une immense leçon permanente et sans cesse renouvelée et pour peu que je me donne les moyens de « n'être pas harassé par la nécessite ou par un travail contraignant ».

« Apprendre est l'essence de la vie » disait Krishnamurti.Ainsi c'est une erreur de dire à un enfant de trois ans qu'il va bientôt aller à l'école pour apprendre pleins de choses. Il y est entré dès que son œil  posé un regard curieux sur le monde, même avant sa naissance.

La curiosité dérive du mot curie, le soin, l'attention que l'on porte, à l'Autre et au Monde.

De même, c'est bien sûr une colossale erreur de dire de certains enfants qu'ils ne vont pas à l'école. Au contraire, ils sont en permanence plongés en situation privilégiée d'apprentissage. Chaque moment de vie nous en apprend un peu plus qu'hier. Une rencontre, une promenade sur la plage ou dans une forêt, une musique, l'observation de la toilette du chat,  chaque moment que l'on s'accorde de temps libre, où notre esprit vaque tranquillement à l'observation et à la lecture du monde est un temps d'École. La gamme des apprentissages est infini, une fourmi peut devenir peut devenir un passionnant professeur-magré-elle le temps de l'observation attentive de son parcours du pot de confiture jusqu'au pied de la table.  Assister à un échange entre deux ou plusieurs personnes, dans des contextes très divers, avec le flot d'émotions et d'interactions, de subtilités et de nuances que chaque relation comporte, enrichit chaque fois notre connaissance de l'humain et de ses facultés sociales infinies. Un sentier, au fil des saisons, des années, délivre sa connaissance à l’œil chaque fois plus averti de celui qui l'explore, en quête d'un nouveau détail qui vient en préciser la connaissance. Cela est valable pour un lieu ; ou pour une personne ; ou pour un art , une science , le ciel,  ou que sais-je encore, le champ de l'exploration est infini, permanent. Il peut se focaliser sur un point singulier pour dessiner un apprentissage précis et minutieux comme de la dentelle, ou s'élargir vers des horizons sauvages et inexplorés.

Des expériences plus ou moins joyeuses, des rencontres plus ou moins fécondes, chaque temps de vie est un temps d'École, pour peu que l'on soit ouvert à la lecture et au décryptage des symboles écrits du monde, qui débordent infiniment des lignes des manuels des tristes écoliers d'aujourd'hui.

Quand l'étroite école, rétrécie, amoindrie, mutilée, perd son caractère minuscule pur devenir École, la différence est… capitale.

Photo: Eliot et Luna très concentrés à l'École, en situation d'intense apprentissage, de Skholé (et non de Schéol!), dans une intéressante zone frontière entre eau de mer et eau douce, avec une faune et une flore très spécifique et diversifiée -dont notamment la Salicorne.


Schooling the world, le documentaire en VOSTFR

Wed, 22 Mar 2017 19:28:02 +0000 - (source)

Le docu : Schooling the world (dont nous parlons très souvent sur ce site), l'antithèse du film de propagande « Sur le chemin de l'école », est sur youtube dans sa version sous-titré en français. Bonne occasion pour le partager massivement autour de soi. (N.B : vous pouvez organiser une projection en téléchargant une version HD sur le site internet du documentaire, les ayants-droits sont okays et encouragent la chose).

 


Bibliothèque de combat !

Wed, 22 Mar 2017 08:07:53 +0000 - (source)

Une publication pour rappeller que nous disposons d'une bibliothèque faramineuse, une bibliothèque que nous avions baptisée : « La bibliothèque tapie dans l'ombre » en référence aux inculpés de Tarnac, qui est une bibliothèque de combat. Elle est peu visible puisque dans nos montagnes et loin de la ville et des institutions. Très très peu de visiteurs. Pourtant vous y trouveriez de véritables trésors de chez trésor. Elle est très fournie, très très variée. Elle n'est pas apparue par hasard (— comme apparaissent les bibliothèques institutionnelles sans âme —), elle est le magnifique fruit de longues années de recherches et d'études, elle a une âme, un souffle ouranosien. On fera un jour le listing de tous les ouvrages qu'elle contient. Nous avons un cahier d'emprunt. Cette bibliothèque déménagera sûrement à moyen terme de la bordure de la forêt au coeur de la forêt. Elle sera encore moins visible...

Je crois bien que c'est Emerson qui disait que si on dispose d'un jardin et d'une bibliothèque, on a tout ce qu'un homme peut souhaiter. Et c'est Emerson aussi qui disait : « Voici sa bibliothèque mais son bureau est en plein air ! ». Il y a en effet, un puissant équilibre, de nos jours, à vivre dans la forêt avec une forêt de livres. (Même si la critique apre et profonde de l'écrit et du logos doit être menée en parallèle).

biblio tapie dans l ombre


Livre de la plus haute importance : « Signes annonciateurs d'orages »

Sun, 19 Mar 2017 10:58:18 +0000 - (source)

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Échange de haute volée avec Olivier Chiran sur le site entre-là.net

Nous le faisions déjà mais ce livre va nous aider à nous sentir encore plus autorisés à se faire s'affronter les Dieux (qui est donc la seule vraie bataille). Ce livre nous place sur le bon terrain pour vaincre le capitalisme : celui des Dieux. Ce livre détaille le cisaillement des cisaillements : le capitalisme nous dit que les Dieux ne sont pas alors qu'il en est gorgé et nous qui n'avons plus de Dieux subissons leurs jougs (ceux du capitalisme) continuellement.

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Ce livre m'a été conseillé par Georges Lapierre (— lors d'une discussion concernant l'horreur de la laïcité —), l'auteur de « Être ouragans » qui était avec nous au micro de Radio Grésivaudan, jeudi 9 mars :

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A propos de livres, ça fait deux fois qu'une personne-mystère dépose chez nous (à notre bibliothèque) un livre extrêmement bien ciblé, crucial et puissant (« La lumière intérieure, source de vie : Apologie de la vraie théologie chrétienne telle qu'elle est professée et prêchée par ce peuple appelé par mépris les Quakers » de Barclay, et « La fleur au fusil » de George Oxley). Est-ce la même personne, je pense que oui. Il s'est écoulé au moins six mois entre les deux dépôts. Cette personne donne-t-elle de la viande a mon chien pour qu'il reste le plus silencieux possible quand elle s'approche ? Ça va nous mener où un dépot de livre tous les 6 mois quand bien même il s'agit de livres aussi importants que celui que je présente aujourd'hui ? Bon, dans tous les cas, je bénis cette personne.


Éloge des baies

Sat, 18 Mar 2017 10:49:17 +0000 - (source)

arbres aux faisansIls sont tellement plus impressionnants ! Ils sont tellement plus facile à compter ! Ils sont tellement plus facile à ranger dans des caisses (et à toute allure dans le véhicule utilitaire) ! Ils sont tellement plus facile à ordonner sur des étales ! Ils sont tellement plus costauds ! Ils se conservent tellement mieux ! Bref, ils sont tellement mieux adaptés à ce monde marchand, qui court, qui vole et qui flingue tout !!

Qui ça ? Nos fruits et nos légumes courants ! Et à concurrence de quoi ? Des baies ! Les baies, à contrario, sont ridicules ! Les baies sont faibles, les baies s'abîment en un clin d'oeil ! Les baies suintent dans tous les récipients ! Les baies n'admettent que les bouches comme seuls contenants ! Les baies ne s'exhibent pas (ou mal) sur des étales en plein soleil ! Les baies, une fois cueillies, meurent directement dans la bouche, ça, ou rien ! Si on cherche à en faire commerce, elles s'épuisent devant la tâche, et nous aussi ! Oui, les baies ne sont pas adaptées à ce monde marchand, elles sont adaptées à celui qui vit en harmonie avec le cosmos et c'est pas rien cet enseignement. Les baies sont adaptées à tous ces animaux qui ont du coeur, cueilleurs-sans-panier, qui cueillent pour se nourrir ici et maintenant sans peur de l'avenir, dans la jouissance d'un éternel présent. Les baies sont adaptées à celui qui vit avec elles pour les cueillir à mesure et avec mesure. Oui, les baies, à l'heure actuelle, sont révolutionnaires car la baie est sauvage. Alors, oui, nous les avons quelque-peu mises de côtés ces derniers siècles, grave erreur. L'Étymologie sanskrit pour le mot baie nous conduit directement à la nourriture et ça ne m'étonne pas, les baies ayant été la nourriture principale de l'homme depuis l'aube des temps. Nous sommes devenus des obsédés de la tomate, de la courge, du chou pommé, de la pomme, de l'aubergine et de tous les fruits et légumes qui ont, c'est vrai, un peu de tenue, qui sont certes attractifs, nutritifs et massifs mais qui sont surtout et avant tout adaptés au marché (et y compris au marché de la semence). La baie, elle, n'a aucune tenue ! Elle sait se tenir dans une petite main douce juste le temps qu'il faut à la petite fille pour en apporter à sa maman à quelques mètres de là, après c'est fini, le capitaliste n'a pas le temps de s'immiscer. Nous avons malheureusement cantonné ces derniers temps le sujet de la baie à une sortie myrtilles en montagne par an et à quelques mûres ramassées lors d'un week-end campagnard en août. La baie pour l'homme déchu (et déçu) du capitalisme, est secondaire, voire tertiaire ou inexistante. La baie n'est qu'une gourmandise rare pour l'homme moderne domestiqué, quand elle est nourriture totale, quotidienne, pour le sauvage ou l'émancipé de l'affreuse modernité. Il y a là une grande affaire d'esthétique entre deux images radicalement opposées. Je rappelle que l'étymologie du mot esthétique renvoie à la sensation. Nous avons bien d'un côté la sensation liée à celui qui achète une courge sur un étale, et de l'autre la sensation liée à celui qui cueille des petits fruits dans la forêt pour les mettre directement dans sa bouche. Voilà bien deux esthétiques, deux sensations, qui n'ont rien à voir et qui illustrent parfaitement deux cosmovisions opposées. Quand je parle des baies, je veux finalement parler de tous les petits fruits comestibles nombreux et insolites devenus forts méconnus à cause des lois du marché. Alors parlons-en ! Il y a en tellement (et je ne parlerai que de ceux adaptés à nos contrées - froides l'hiver). Citons pour commencer « la baie de mai » puisque son nom vernaculaire porte justement le joli mot de baie. La baie de mai, c'est le chèvrefeuille comestible (Lonicera Kamtschatica) qui fait des baies allongées couleur (et goût) myrtille, à ne pas confondre avec les baies du chèvrefeuille commun qui ne sont pas comestibles. Parlons de l'arbre aux faisans, leycesteria formosa (en photo ci-dessus) dont les feuilles et fleurs sont magnifiques et les baies, au goût unique de caramel fort, sont vraiment délicieuses. Parlons de l'argousier dont le fruit est une panacée en terme d'apport nutritionnel et notamment en vitamine C et de l'arbousier (différent d'une seule lettre, qui est un arbre pourtant complètement différent). Mais cette liste des arbres à petits fruits sauvages est très longue et tous sont géniaux et incroyables : Les Feijoa, les Asiminiers (oui ce n'est pas une baie mais il fait partie des fruits oubliés), les Canneberges, le Schisandra, le Cornouiller (et autres cornus), les Murier blancs et noirs, les Amélanchiers, l'Akébia Quinata, le Goji, l'Hovenia Dulcis (raisinier de chine), l'Aronia noire, le fraisier des bois, le sorbier, l'aubépine, les Sureaux, les Myrtilliers arbustifs, et bien-sûr les Framboisiers, Groseilliers, Cassissiers, Tayberry (muroise), Casseilles, l'Épine-vinette, les Groseilliers à maquereau, mais aussi le Goumi du Japon (Éléagnus Multiflora), ou le Chalef (Eléagnus Macrophylla) et le Ragouminier (Prunus), tous les Nashi (poirier du japon), les Néfliers du japon, et je pense aussi à la Passiflore (dont la variété incarnata donnera des fruits excellents par ici). Et si on ajoutait à cela un éloge des plantes sauvages comestibles et légumes feuilles sauvages qui se comptent, eux, par milliers, ainsi que les champignons, vous voyez bien que le jardin d'Éden est à nos portes.

Alors après ça, si vous osez penser que vous avez encore autre chose à faire dans votre vie que de devenir un être debout, bien enraciné, bien ancré, dont le pas est sûr au lieu de n'être continuellement pas sûr, si vous pensez que vous avez autre chose à faire que de vous déscolariser, donc de vous ré-ensauvager et de concevoir un lieu Édénique avec toutes ses merveilles citées (en ajoutant secondairement la tomate et l'aubergine si ça vous chante pour le plaisir), je me demande si nous sommes faits du même bois...

Article relayé par les Moutons Enragés.


La ville est une prison totale

Sat, 18 Mar 2017 09:32:34 +0000 - (source)

ville prisonLe dire haut et fort, le scander, le marteler. Le dire comme l'eau claire jaillit de la roche dans la face : la ville est une prison totale. On est incarcéré quand on vit dans les villes de l'homme occidental mondialisé, colonisé intégralement par l'esprit de la marchandise. Prison à ciel ouvert, prison sans mur apparent, mais prison totale. La ville, c'est l'asile de fous. Quand on vit en ville, on ne sait pas, on ne voit pas comment on pourrait réussir à s'échapper. On cultive des plantes sur son balcon, on écrit un poème écolo-bucolique sur son ordinateur, et on regarde des vidéos sur youtube sur la permaculture ou Pierre Rabhi... On s'évade pour les vacances dans je-ne-sais-quel divertissement-produit que l'on consomme et dans des drogues de toutes sortes... Mais comment faire pour vraiment retrouver le cosmos, les feux-de-camp entre frères sous les étoiles pas seulement pour le 15 août avec les merguez ? Où aller ? Dans quelle forêt ? Sur quel champ ? Dans quelle campagne ? Avec qui ? Les codétenus qui vivent avec moi n'en savent pas plus long que moi. Je sais bien que des gens vivent loin des villes, mais comment les rejoindre ? Lesquels rejoindre ? Comment me faire intégrer dans un de ces lieux de vie en pleine nature ? Comment acheter de la terre, où acheter de la terre ? Et pourquoi acheter de la terre sachant que j'ai peur de m'enraciner, que je préfère vivre dans l'éternel espoir d'une vie meilleure en écoutant des chansons qui parlent des landes nues, au lieu de vivre la vraie-vie-bonne tout de suite qui me demanderait de me confronter aux éléments et à une dose géante de concrétude... Et puis surtout : je n'ai pas d'argent pour acheter de la terre, j'ai de l'argent pour m'acheter des montagnes de merdes et de dépendances mais dire « je-n'ai-pas-d'argent » c'est plus un mode d'être pour moi, un rapport au monde, qu'une réalité économique, du moins si j'appartiens à la "classe moyenne" (N.B : 10 ans de forfait de téléphone portable = 1 hectare de terre).
La ville est une prison totale, au moins le savoir d'un savoir conscientisé et sûr, car c'est le seul espoir de s'évader un jour.

*****

Je me suis totalement évadé de l'agglomération chambérienne il y a deux ans seulement pour rejoindre la forêt et une dose substantielle de sauvage. En m'évadant, j'ai tout trouvé : la plénitude, la complétude, et l'être générique, c'est-à-dire l'être du cosmos. Dans les villes, nous sommes les êtres du chaos. J'ai tellement de compassion aujourd'hui pour ceux qui demeurent incarcérés dans les villes. Je veux simplement leur dire de ne jamais oublier de réussir un jour à s'évader aussi. Je veux simplement leur dire qu'on se trompe totalement sur la notion de confort si souvent brandie par les uns et les autres pour ne pas bouger. Oui, nos prisons sont confortables. Si vous pouviez m'entendre, si une seule personne pouvait m'entendre : on trouve tout en rejoignant les forêts, on trouve le vrai confort, le seul confort, la définition du confort. Le réflexe de certains, c'est de se dire qu'il n'y a pas de bus, d’hôpital, de centre sociaux, de gare, et de centre commerciaux dans les forêts, que les forêts c'est bien joli mais qu'il n'y a personne et surtout rien à faire... C'est que vous n'avez pas encore compris que tout est à l'envers ici bas et que tout est faux dans la société des hommes. C'est pourtant simple : là où vous pensez qu'il y a tout (la ville) il n'y a rien, et là où vous pensez que c'est vide (la forêt), il y a tout. Il y a tout car toute la richesse du monde vient uniquement de la terre et les villes sont sous la perfusion permanente de choses importées depuis les terres arables, les mers et les forêts.

S'évader de la ville, c'est (comme) se déscolariser. S'évader de la ville, c'est (comme) passer par-dessus le portail de l'école. C'est se soustraire du joug des pouvoirs qui nous vident et nous aliènent, c'est se soustraire des flux qui nous emportent loin de nous-même et loin de la vie, c'est se soustraire des rouages de la grande broyeuse, c'est se soustraire de l’œil de Big Brother, c'est se soustraire du contrôle, de ce parc conçu pour le contrôle. C'est se soustraire de la compétition sociale infinie et mortifère, c'est vraiment se désincarcérer comme on extrait un être d'une voiture gravement accidentée. C'est se soustraire de tous les faisceaux de dépendance qui nous lacèrent. S'évader de la ville pour les forêts, les prairies, l'eau pure, l'air pur, les papillons, c'est se trouver d'un coup d'un seul, c'est trouver le jouir parfait de quand l'essentiel est toujours satisfait.

L'Enfer Chambérien est désormais situé à 35 kilomètres de ma forêt, je le regarde depuis ma colline sacrée et grâce à l’œilleton chirurgical de la TVNet Citoyenne, le seul média véritablement au service des prisonniers, qui creuse le tunnel de la grande évasion reportages après reportages.

Chambériens, ne soyez plus chambériens ! Mais des chambé-plus-rien ! Laissez-la cette grande pute insipide qui pue la mort ! Imaginez que vous la laissiez là, en plan, vide de vous tous, cette hideuse Babylone ! Qu'est-ce qu'une prison sans détenu ? Plus rien ! Laissez-les en panique vos Élus geôliers et tous les agents de l'État, à errer hagards, dans une ville vidée de ses usagers usagés barrés ! Imaginez que vous la vidiez de son sang, que vous l'abandonniez pour en faire une ville fantôme, une épave ? N'est-ce pas tout ce qu'elle mérite cette matrice de mort, ce Titanic ? Car la Révolution qui vient sera un exode urbain massif et irrévocable de tous ceux qui veulent retrouver la terre, « les vraies richesses » disait Giono. Quand vous aurez quitté Chambéry-la-laide pour la beauté, vous ne direz plus jamais que cette ville fut belle. Certains osent le dire (uniquement parce qu'ils y vivent et meurent !!) : « Chambéry, c'est quand même une jolie ville hein ! ». Ils le disent pour s'autopersuader, pour ne pas trop déprimer. Alors qu'à Chambéry, comme dans toutes les villes : tout est laid, car tout est faux, tout est laid car tout est pourri par les pouvoirs et le régalien qui jamais nous régale en rien. Dans les villes, tout est tranchant, tout est coupant, tout est vrombissant assourdissant accablant. Dans les villes, tout est artificiel-artificieux, tout est toxique. Dans les villes, la vie s'étiole, la vie meurt, la vie lutte comme un ours polaire souffrant de la fonte de la banquise cherchant désespérément ses appuis.

« Quittez tout et vous trouverez tout » disait un être spirituel. Il parlait notamment aux habitants des villes qui croient tout avoir parce qu'ils ont des restos, des cinés, des magasins, du mouvement et des gens autour d'eux alors qu'ils n'ont rien et qu'ils meurent. Celui qui dit « Quittez tout et vous trouverez tout » s'adresse à tous les scolarisés-urbanisés, tous les étatisés, qui ont intégré au plus profond d'eux-mêmes la domination des structures, à tous les domestiqués qui ont accepté de plier sous le bâton et la carotte, à tous les adeptes du faux omniprésent qui fait illusion.

Je terminerais en rappelant que les forêts sont potentiellement comestibles en fruits et baies de paradis, qu'il suffit de pas grand chose pour bâtir de véritables jardins-d'Éden abondants et nourriciers.

Que ces mots puissent initier un mouvement d'exode urbain, un mouvement de mort des villes au profit des forêts comestibles et jardins-forêts collectifs !
Une vie de chemins, une vie pieds nus.
Une vie entière dans le sein de notre mère. C'est à portée de main et de regard, c'est parti ! Il suffit de s'évader de la ville-prison.

Sylvain
Article relayé par les Moutons Enragés.


Sur « la division du travail » et ses causes psychologiques liées à la scolarisation

Thu, 16 Mar 2017 10:39:49 +0000 - (source)

etiennefrancisyoutubeSuite au magnifique dialogue filmé entre Étienne Chouard et Francis Cousin (voir ci-dessous), je ressens le besoin de poser quelques éléments concernant le sujet de « la division du travail » que nos deux amis abordent longuement de façon contradictoire.

On parle toujours de ce concept sur le plan économique ou politique et pas assez sur le plan de la psychologie je trouve, et je voudrais le faire.

Dans l'entretien entre F. Cousin et Étienne Chouard, Étienne est celui qui défend « la division du travail » et on ne peut que ressentir les implications psychologiques très puissantes chez lui au travers de son émotion : une peur panique de la polyvalence pour chacun (donc pour lui-même) à laquelle conduit inévitablement la fin de « la division du travail ». Et pour vivre cette peur, Étienne convoque volontiers des milliards d'autres gens qui, comme lui, seraient en panique totale de « devoir tout faire » ou de « devoir savoir tout faire » (Étienne dit en gros : moi je ne veux pas et je ne peux pas, et "les gens" ne voudront pas non plus et ne pourront pas non plus). Francis Cousin, quant à lui, est totalement serein avec l'idée d'en finir avec « la division du travail » pour trouver enfin une complétude de l'être (atteindre « l'être générique » selon ses termes si je me souviens bien.)

Cette peur panique d'Étienne Chouard, et à travers lui, des milliards d'autres personnes est vraiment une émotion-clé pour comprendre l'origine psychologique de la division du travail. En plus de cette peur, le deuxième élément de son discours qui permet de tout révéler sur ce problème de « la division du travail », ce sont les catégories qui lui viennent spontanément à l'esprit pour illustrer cette polyvalence-terreur, et surtout la première d'entre-elles,  qu'il répétera une bonne dizaine de fois au cours de l'entretien : le travail de la terre. « Mais moi je ne sais pas cultiver la terre !! »... « Mais moi je ne sais pas cultiver la terre !! »... Et ensuite, il en vient très logiquement à l'habitat (« Construire sa maison »), puis aux vêtements (il parlera du « savoir filer la laine etc.»). Si on le laissait continuer sur ce fil, il aurait ensuite parlé de la gestion de l'eau et de l'assainissement... Eh oui, les besoins fondamentaux seront toujours les mêmes. Il est édifiant de voir que la polyvalence-terreur chez ceux opposés à la fin de « la division du travail» est bien directement comprise de part les composantes de « l'être générique », c'est-à-dire l'être de la complétude et de la plénitude voulu justement par ceux, comme F. Cousin et moi-même, qui sont pour la fin de « la division du travail ».

Vers la fin du dialogue, Étienne, toujours parlant de cultiver la terre, donne l'exemple de quelqu'un qui a cultivé la terre pendant 3 heures, et là, d'un seul tenant, il lâche (en le répétant 2 fois !) : qui a sué SANG ET EAU pendant 3 heures, qui s'est donné du mal... On voit là encore cette même peur panique concernant les choses essentielles de l'homme... concernant le fait de chercher sa complétude et son humanité (donc son humilité - humus...) ... La manière dont Étienne parle de devoir « construire soi-même sa maison » (ou du sujet des vêtements) caractérise la même peur... La peur panique donc de retrouver son être générique, c'est-à-dire son humanité et de répondre à la question : qu'est-ce que l'homme ? C'est un animal social qui se nourrit principalement de végétaux, boit de l'eau, s'habille et s'abrite et ne fait pas caca directement sur ses salades... Comment ne pas voir que « la polyvalence » dont parle Étienne n'en est pas une, que ce qui lui fait peur véritablement ce n'est pas d'être polyvalent mais de devenir un homme ! Car cultiver la terre (ou cueillir des plantes sauvages), gérer son eau, s'habiller et s'abriter, etc. ce n'est pas de la polyvalence, c'est juste : être un homme.

Mais d'où ça vient cette peur-là ?! D'où vient cette peur d'apprendre à devenir le plus complet possible au niveau de l'essentiel ? Cette apologie de « la division du travail » et la peur de la recherche de la complétude vient de la scolarisation qui nous apprend très rapidement (dès l'âge de 5 ans) qu'il nous est plus profitable AFFECTIVEMENT-PARLANT de nous spécialiser, de répéter un truc qu'on sait faire, au lieu de diversifier continuellement son savoir (incluant les savoirs-faire manuels bien-sûr). Diversifier continuellement son savoir nous amène à vivre continuellement dans un jeu d'essais et erreurs. Diversifier son savoir nous amène à vivre continuellement dans l'inconnu et dans une instabilité. Cet inconnu, ces erreurs et cette instabilité ne sont pas trop gênants de soi à soi, mais ça le devient totalement dans le service à autui (le croit-on !!!). Donc, on découvre très tôt que tout cet inconnu, toutes ces erreurs, toutes ces tentatives et ces recherches, bref : TOUT CET APPRENTISSAGE CONSTANT, nous amène à régulièrement perdre l'amour de l'autre, car LE « SERVICE » apporté aux autres souffre forcément de la même instabilité/incertitude. Cet APPRENTISSAGE CONSTANT fait de nous l'inverse d'une marchandise. La spécialisation, on le comprend très tôt, nous libère de l'erreur (donc de l'apprendre), et du même coup de l'insatisfaction des autres, en nous transformant en objet, en marchandise. On découvre très tôt, que lorsqu'on sait faire quelque-chose qui plait aux autres, on peut le répéter à l'identique et à l'infini sans effort (jusqu'à celui de l'ennui abyssal mais qu'on est étrangement capable de supporter pour ne pas perdre l'amour de l'autre). On découvre très tôt qu'il suffit, en société, d'apprendre très peu, vraiment très peu, juste ce qu'il faut pour maîtriser deux-trois choses qui satisferont les autres, que l'on va répéter ensuite jusqu'à la mort. Ainsi, jusqu'à sa mort, nous sommes libéré du fardeau de l'apprendre qui est un fardeau car peu compatible avec le fait de contenter les autres autour de nous à court-terme. En devenant une marchandise, en devenant quelque-chose (de fixe, de stable et qui satisfait les autres), j'accède à une forme de sécurité affective permanente (et si on ajoute à ça les mécanismes psychologiques liés à la récompense en argent... le tableau est entièrement sombre...). En recherche de ma complétude, cette sécurité affective (et financière !) tombe. On retrouve donc toujours ce problème d'être obsédé par « l'amour » qu'on nous porte sans prendre conscience que l'autre nous veut marchandise pour sa propre satisfaction et ne souhaite pas notre complétude qui le satisfait forcément moins A COURT TERME.

Notre recherche de complétude oeuvre pour la venue du « royaume » et cette oeuvre est forcément radicalement opposée à la satisfaction courtermiste des individus en manque-de-tout (puisqu'incomplet et ne recherchant pas la complétude) qui nous entourent. C'est donc à nous, seul, de vouloir notre complétude (dans ce qu'elle apporte de complète jouissance à terme) en cessant d'être obnubilé par le fait de contenter les autres dans l'instant pour recueillir leur faux-amour.


Entretien entre Étienne Chouard et Francis Cousin

Wed, 15 Mar 2017 08:49:31 +0000 - (source)

Étienne,

J'ai l'impression que tu as eu avec F. Cousin, sur l'économie et la politique, la discussion que nous pourrions avoir sur l'École si on avait ce type d'entretien.

Pourquoi est-on incapable de mettre à la poubelle notre monde ?
Tout se passe chez chacun dans le système nerveux : on défend mordicus nos connexions synaptiques.

On peut prendre n'importe quel face du cristal de notre monde civilisé : les hommes se dressent, non pas pour mettre à mal ce monde, mais pour le défendre mordicus. Ici, on défend la monnaie, là, l'association, là, l'école, ici, la technologie, là, l'État, ici, l'Élection, là, le Droit, ici, la Laïcité, etc. etc.
Ici, on attaque l'Élection, mais on fustige celui qui se permet d'attaquer l'école... Ici, on attaque l'État, mais on fustige celui qui attaque la laïcité (par exemple). On n'arrive pas, individuellement et collectivement, à foutre à la poubelle notre monde, dans toutes ses facettes...

Je t'ai vu aussi dans une autre vidéo récente où je vois que tu as fait du chemin concernant l'école : tu parles enfin de domestication complète des êtres, tu te sens "presque coupable" (professorat) etc. Mais je suis sûr que si on avait un entretien, tu défendrais encore un peu l'école, comme tu défends la monnaie ou le Droit face à F. Cousin.
J'ai noté un passage équivoque, où tu défends l'échange face à F. Cousin et ton argument final c'est : je ne sais pas cultiver la terre. Ce n'est pas anodin, ça, comme remarque "finale". Un humain doit savoir tirer sa subsistance de la terre sinon il fait peser cela sur d'autres : n'est-ce pas une définition de la bourgeoisie et de la domination générique ? (Cf : TOLSTOÏ sur ces points).

L'enjeu est le même pour chacun de nous : être capable de lutter contre les connexions synaptiques qui nous sont chères (et contre nos peurs bourgeoises à mettre les mains dans la terre ;-) (rejoins ceux qui font de la permaculture de subsistance). Rejeter radicalement et totalement ce monde. Et convoquer les Dieux à mettre sur le ring en face des Dieux du capitalisme. (Lecture sur ce dernier point : « Signes annonciateurs d'orages »)

Affectueusement,

Sylvain


[RAPPEL] Conditions techniques de l'Égalité politique

Mon, 13 Mar 2017 09:58:31 +0000 - (source)

Je republie ce jour mon document « Conditions techniques de l'Égalité politique », sous-titré : « à l'attention de tous ceux qui veulent rassembler les gens ».

{pdf=http://www.descolarisation.org/phocadownload/pdf/conditions_techniques_de_l_egalité_politique_sylvain_rochex_2016_2017.pdf|900|500}

{phocadownload view=file|id=104|target=s}

 


Un nouveau livre de Jean-Pierre Lepri

Mon, 06 Mar 2017 11:49:20 +0000 - (source)

Jean-Pierre Lepri, notre 'collègue', auteur du puissant et incontournable « Fin de l'Éducation, Commencements ? » vient de faire paraître un ouvrage qui rassemble plusieurs années de ses textes sur la non-éducation (= l' 'éducation' authentique). L'ensemble est réalisé par les éditions Myriadis (qui avait édité « la domination adulte » de Y. Bonnardel), avec des dessins, des notes, des citations, des annexes, des repères bibliographiques et tout et tout, un livre bien complet. Avec un texte de Raoul Vaneigem en ouverture et une lettre de Catherine Baker à la fin. Bref, un ouvrage très intéressant de plus dans la bibliothèque : DÉSCOLARISATION, pour mettre intensément en question la prison elle-même (l'éducation) et non plus la couleur des barreaux (sic).

{pdf=http://editions.myriadis.fr/wp-content/uploads/2017/01/EAP_PresentationA.pdf|800|500}


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